Portrait de Samuel Pasquier, maître horloger à Bar-le-Duc

Monsieur « Garde-Temps » a la tête dans les rouages

Maître horloger à Bar-le-Duc, Samuel Pasquier exerce au sein de l’horlogerie-bijouterie Les 2 Barbeaux. Cet artisan, au parcours atypique, défend son activité avec passion au point de lui voir un avenir florissant en Meuse.

« Vous savez, aujourd’hui, l’horlogerie ne sert plus vraiment à donner l’heure : c’est soit un outil pour montrer sa réussite, soit pour nourrir une curiosité, soit sauver ce qui est un patrimoine » souligne Samuel Pasquier, Meusien d’origine. La réflexion pourrait paraître incongrue, sauf à voir les nouvelles montres de luxe produites… sans cadran ni aiguilles, mais avec la mécanique apparente.


Parcours atypique

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Il en faut peu à Samuel Pasquier pour se lancer et parler de son parcours, clairement atypique. Passionné d’horlogerie depuis plus de 10 ans, il a longtemps repoussé sa vocation, pour faire un parcours en lycée général, en BTS puis en école d’ingénieurs, à Metz (Enim). Pendant toute la durée de ses études, il a embarqué ses amis étudiants dans sa passion dévorante, là pour créer une montre solaire, ici pour créer une pendule. Il passe en parallèle son CAP horloger en candidat libre, avec succès.

Le déclic se fait définitivement, diplôme d’ingénieur en poche : plutôt que de rejoindre le bureau d’études suisse ETA (spécialiste de l’industrie horlogère !), il part à Rennes suivre un Brevet Métiers d’art horlogerie. « Mon parcours scolaire était hors des clous et je ne pouvais pas avoir de bourse, mais j’ai finalement remporté le prix de la Vocation* qui m’a permis de réaliser ce rêve » explique Samuel Pasquier.

 
Branché aux réseaux sociaux

Adepte des réseaux sociaux, il a diffusé en parallèle de ses études une foule de contenus sur sa passion. Il s’est notamment fait connaître avec une page facebook – Service Horloger - puis en lançant l’opération « cadran voyageur ».
Une vraie communauté s’est créée, et son cadran de montre « Hélios » a fait le tour du monde – 400 000 km et 30 pays visités – à la manière du nain dans le film Amélie Poulain. Celui-ci a été photographié devant les monuments majeurs de chaque ville. Samuel Pasquier y voit « une importance majeure dans notre monde actuel : le patrimoine est aussi ce qui nous lie, et les horloges en font partie ! »


Patrimoine et création

Salarié de l’horlogerie-bijouterie Les 2 Barbeaux, il reconnaît « ne pas avoir l’impression de travailler et chaque matin est un nouveau défi ! ».
Récemment, il a eu l’occasion d’effectuer la rénovation des pendules mécaniques de la Préfecture, avec quelques surprises à la clé : « Chaque horloger laisse un petite « trace » et ici, j’ai retrouvé des extraits de journaux de 1863, coincés dans un recoin ! » précise Samuel. Le jeune homme aime d’ailleurs les casse-têtes et cherche par exemple à savoir où se trouve l’horloge mécanique de la Tour de l'Horloge de Bar-le-Duc, qui sonnait pour informer la population. Sans succès jusqu’ici !
Une fois sa journée de travail effectuée, le patron autorise le jeune créateur à utiliser l’atelier pour assouvir ses désirs de créations. Il a ainsi lui-même créé une horloge mécanique, composée de 150 pièces, juste après le premier confinement. L’objet baptisé « Horae » a nécessité plus de 400 heures de travail, et mobilisé plusieurs savoir-faire locaux.
 
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Filière locale à créer

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la notion de « compagnonnage », de transmission n’est pas franchement développée en horlogerie. « J’ai souffert de ce manque d’entraide et j’ai été freiné dans mon désir d’apprendre, car tout n’est pas dans les livres » regrette Samuel. Pour sa dernière création, Horae, il a fait beaucoup de choses « à l'instinct, car on ne peut pas tout apprendre dans les livres, certaines choses se ressentent et ne se calculent pas ».

Le jeune meusien, qui encadre lui-même un apprenti, voit plus que jamais un avenir local à l’horlogerie : « Nous disposons des savoir-faire locaux : tailleur de pierre, ébéniste, découpe de verre, mécanique de précision, etc. Ensuite, il faut pousser la formation dans le Grand Est, afin de proposer davantage de choses. »

Dans l’avenir, « je me vois bien ici, à la tête d’une manufacture horlogère. Nous sommes proches de pays horlogers majeurs (Suisse, Allemagne), des spécialistes existent localement, il y a tout pour réussir ! ».

 

Clin d’œil

Voici le conseil du maître horloger, si l’on dispose d’une pièce horlogère mécanique : « Pour les montres, il faut la réviser tous les 7 ans. Et pour les horloges, tous les 10 à 15 ans. » Et la révision ne consiste pas en un simple « coup de soufflette », comme l’intéressé l’entend souvent !

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*Prix remis par la fondation Marcel Bleustein-Blanchet, de 8000 €.

 

Publié le 5 avril 2022 - Aurélien Tardiveau

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